lundi 22 septembre 2008

It's the dollar, stupid !

Edito

En 1992, Bill Clinton a gagné en large part son élection contre Georges Bush Père avec son fameux slogan : "It's the economy, stupid !"
Il voulait dire que malgré une victoire militaire dans la guerre du Golfe (la première), les électeurs n'en avaient rien à faire et souffraient économiquement. Et c'est donc en pensant à cela qu'ils voteraient.
Il a eu raison.

Aujourd'hui, ils se pourrait bien que les citoyens du monde entier qui ont subi bien souvent dû suivre les initiatives américaines sans avoir voix au chapitre, vont peut-être avoir leur mot à dire dans la prochaine élections, et leur slogan pourrait bien être : "It's the dollar stupid" alors qu'ils menaceront de fuir le billet vert. Ce n'est pas la crise boursière ou la guerre contre te terrorisme qui comptent, mais bien la position intenable du dollar comme monnaie étalon mondiale. Et les grands électeurs dans ce cas seront les japonais, les chinois et les pays du Golfe.

Après avoir recueilli moult informations et analyses durant le week-end, et après avoir "digéré" cette folle semaine, c'est la conclusion à laquelle j'arrive. Tout va se jouer maintenant sur le front du dollar, et cela se répercutera en dernier lieu sur son alter-égo, le métal jaune. Et dans cette phase, les créditeurs des Etats-Unis vont se manifester, spécialement dans cette période d'élection.

Oubliez les débats inflation vs déflation et les considérations "boursières", maintenant il s'agit d'un problème autant politique qu'économique.

Le feuilleton que l'on est en train de nous servir ces jours-ci dans les grands médias, c'est que Wall Street, qui est "la capitale financière du monde" comme le proclame CNBC tous les jours, a connu une très grave crise, à laquelle les autorités ont du remédier par un plan ambitieux, et tout ceci bien évidemment pour le bien de tous, non seulement américains, mais aussi tous les membres du "monde libre" comme le disent encore certains faucons US, ou en tout cas du système financier mondial.

Tout ceci est une fable, car derrière ce plan, c'est avant tout une nouvelle dévaluation du dollar qui se profile. Le plan provisoire (probablement 1000 milliards de dollar au total) pourrait bien représenter un doublement du déficit de la balance des paiements US. Car même si on nous dit que c'est le gouvernement US et donc le contribuable américain qui paiera la note, en réalité il n'en est rien. C'est bien plutôt les créanciers des Etats-Unis qui paieront la note, puisque ce pays est structurellement déficitaire. Le surplus de budget se transformera immédiatement en déficit supplémentaire car il est improbable (pour ne pas dire impossible) que le gouverement répercute cela par des taxes supplémentaires.

Mais ce qui est étonnant c'est que cet aspect de l'analyse est en grande partie escamoté par les analystes français ou européens. On en fait qu'un point parmi d'autre, et qu'une remarque en passant alors que c'est bien le noeud du problème actuel.
Il n'y a que des gauchistes pour proclamer (sans surprises) que cette crise est un désaveu cinglant du modèle économique anglo-saxon. Mais leur réaction est tellement prévisible et leur crédibilité tellement faible en matière économique que l'on fait peu de cas de leurs analyses.

Mais jetez un coup d'oeil à la courbe de la balance des paiements US, ou à la courbe de l'endettement public US (en valeur absolue et en % du PIB). Tout d'un coup, tout s'éclaire : c'est un gouffre sans fin et qui va se creuser encore davantage avec le plan Paulson.

Quand on songe que les "déclinologues" français (qui ont d'ailleurs grandement participé à l'élection de N.Sarkozy) nous serinent à longueur d'articles et de livres sur le déclin français...
Se sont ils seulement penché sur le "Déclin Américain" ?
Car il est manifeste, si l'on veut bien se pencher sur les chiffres.

Je le répète : le statut du dollar comme devise de référence est plus que jamais remis en cause.
Le "privilège exorbitant" comme l'appelait Charles de Gaulle, devient de plus en plus exorbitant, et il en est certains à Pékin, qui s'impatientent, au même moment où on multiplie les références constantes aux problèmes de sécurité sanitaire des produits chinois. (Bizarre comment cette affaire a fait le tour de tous les média à travers le monde...)

Va-t-on assister bientôt à des échanges d'invectives du genre :
"-Retournes chez toi avec ton lait frelaté !
- Et toi donc regarde-les, tes dollars pourris !"

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