lundi 24 janvier 2011

Paul Krugman : "La Chine est peut-être en route vers une crise économique"


Depuis que j'ai commencé à investir dans le secteur de l'or, j'ai appris à connaitre les théories de l'école des économistes autrichiens qui sont en parfaite contradiction avec les économistes Keynesien.

Paul Krugman récent Prix Nobel d'économie et Keynesien convaincu, n'est pas très populaire parmi les économistes de l'école autrichienne, c'est le moins que l'on puisse dire...

Mais en ce qui me concerne, je ne suis pas sectaire, et j'ai toujours apprécié les analyses de Krugman, tout en continuant à lire les goldbugs habituels.

De toute façon, ce qui m'importe c'est de trouver ce qui marche.

En tout cas j'ai noté que Krugman a récemment rejoint le camp des observateurs inquiets de l'économie chinoise, et des spéculateurs comme Jim Chanos

Voir l'article ci-dessous (traduit par la RTBF) :


Avec la visite aux États-Unis du président chinois Hu Jintao, les histoires sur le pouvoir économique chinois pullulent. Et ces histoires sont entièrement vraies : bien que la Chine soit encore un pays pauvre, sa croissance est rapide, et ne serait-ce que vue sa taille, elle est bien partie pour rivaliser avec l'Amérique en termes de superpuissance économique.

Ce qui est vrai également, cela dit, est que la Chine est tombée dans un bourbier monétaire qui empire de mois en mois. De plus, la réponse du gouvernement chinois à ce problème, avec une politique apparemment paralysée par la déférence aux intérêts privés, le manque de lucidité intellectuelle et la chasse au coupables, montre qu'il est illusoire de vouloir compter sur les dirigeants chinois pour agir de manière ferme et efficace. En fait, la Chine finit par ressembler à... nous, les Américains.



Jusqu'où cela peut-il aller ? Les mises en garde de certains analystes disant que la Chine pourrait causer une crise mondiale semblent exagérées. Mais le fait que les gens disent ce genre de choses montre à quel point la situation semble hors de contrôle pour le moment.

L'origine du bourbier chinois vient de sa politique de maintien d'une monnaie faible, qui alimente un excédent commercial artificiellement important. Comme je l'ai déjà souligné par le passé, cette politique fait du mal au reste du monde, en augmentant le chômage dans de nombreux autres pays, dont l'Amérique.

Mais une politique peut être mauvaise pour nous sans être bonne pour la Chine. En fait, la politique monétaire chinoise est une politique perdant-perdant, qui affecte l'emploi ici et produit une économie en surchauffe, encline à l'inflation, en Chine.

On peut voir les choses sous cet angle : l'inflation est le moyen dont dispose le marché pour défaire la manipulation monétaire. La Chine se sert d'une monnaie faible pour maintenir de bas salaires et de bas prix en termes de dollars, les forces du marché répondent en faisant grimper ces salaires et ces prix, grignotant ainsi cet avantage compétitif artificiel. Selon certaines estimations, au rythme actuel de l'inflation, la dévaluation chinoise pourrait avoir disparu en deux ou trois ans - pas assez rapidement, mais plus rapidement que ce que beaucoup croyaient.

Toutefois les dirigeants chinois essaient d'empêcher cette issue, pas seulement pour protéger les intérêts des exportateurs, mais parce que l'inflation est encore plus impopulaire en Chine qu'ailleurs. L'une des principales raisons à cela étant que la Chine exploite déjà ses citoyens par le biais d'une répression financière (d'autres répressions aussi, mais ce n'est pas le sujet ici) : les taux d'intérêt sur les dépôts bancaires sont limités à seulement 2,75 pour cent, moins que le taux d'inflation officiel - et tout le monde pense que le véritable taux d'inflation de la Chine est sensiblement plus élevé que ne l'admet son gouvernement.

Une rapide augmentation des prix, même associée à des augmentations de salaires rendra cette exploitation bien pire. Pas étonnant que le public chinois soit en colère contre l'inflation, et que les dirigeants chinois souhaitent l'arrêter.

Mais pour quelque raison que ce soit, que ce soit le pouvoir des intérêts de l'exportation, un refus de faire quoi que ce soit qui donnerait l'impression de céder aux exigences américaines ou une simple incapacité à penser de manière lucide, ils ne veulent pas s'attaquer à la racine du problème et laisser grimper leur monnaie. Au lieu de cela, ils tentent de contrôler l'inflation en augmentant les taux d'intérêt et en limitant le crédit.

C'est destructeur d'un point de vue mondial : avec une économie mondiale encore majoritairement déprimée, la dernière chose dont nous ayons besoin est d'acteurs majeurs qui poursuivent des politiques d'argent rare. Or d'un point de vue plus exclusivement chinois, le fait est que cela ne fonctionne pas. Les limitations de crédit s'avèrent difficile à durcir, et sont encore davantage ébranlées par l'afflux d'argent de l'étranger.

Les efforts pour refroidir l'économie ne donnant pas de résultat, la Chine a essayé de limiter l'inflation en contrôlant les prix - une politique qui fonctionne rarement. Surtout, c'est une politique qui a échoué lamentablement la dernière fois qu'on l'a essayée aux États-Unis, pendant les années Nixon (oui, cela signifie qu'en ce moment la Chine prend le chemin de Nixon).

Alors que reste-t-il ? Eh bien, la Chine a adopté la stratégie de la chasse aux coupables, en accusant la Réserve fédérale (à tort) d'être à l'origine du problème en imprimant trop de billets. Mais si le fait d'accuser la Fed peut soulager les dirigeants chinois, cela ne changera rien à la politique monétaire américaine, et ne fera rien non plus pour dompter le monstre de l'inflation chinoise.

Tout ceci pourrait-il vraiment se transformer en une crise à part entière ? Si je ne connaissais pas l'histoire économique, je trouverais l'idée improbable. Après tout, la solution au bourbier monétaire chinois est à la fois simple et évidente : commencer par laisser s'envoler la monnaie.

Mais je la connais, l'histoire économique, ce qui veut dire que je sais comment les gouvernements refusent, parfois pendant des années, de faire ce qu'ils doivent manifestement faire - et surtout en ce qui concerne les valeurs monétaires. Ils essaient généralement de maintenir leur monnaie artificiellement forte plutôt que faible, mais ce peut être une catastrophe dans les deux cas.

Alors notre nouvelle superpuissance économique est peut-être en route vers une crise économique sous une forme ou sous une autre, avec des dommages collatéraux au monde entier. Avions-nous besoin de ça ?

RTBF


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