L'or et les minières aurifères : la Berezina ?

Il parait clair pour beaucoup de gens (à la fois haussiers et baissiers sur l’or) que nous sommes aujourd’hui à un tournant important, pour le cours de l’or.


En clair : à ce stade, ça passe ou ça casse.

Or, je crois que pour réussir en tant qu’investisseur, il faut être capable de suivre une tendance haussière le plus longtemps possible, mais il faut également être capable de reconnaître lorsqu’une tendance se termine.

Je ne me considère donc pas comme un « Gold Bug » , au sens où je suis prêt à accepter le changement de tendance, avec tous les défis (psychologiques et financiers) que cela suppose, après avoir été haussier sur l’or

Tout ceci étant dit : Comment reconnaître une changement de tendance ?

Avant tout il faut insister qu’un changement de tendance ne peut être identifié uniquement à cause de la brutale baisse que nous avons vécu ces deux dernières semaines.

Par contre il est évident que certains signaux d’alarme ont clairement retenti : par exemple, certaines moyennes mobiles qui n’avaient jamais été cassées depuis 2001, l’ont été cette semaines (la MM 300 journalière et la MM 55 hebdo)

D’un point de vue technique cette baisse n’est donc pas anodine, et l’on doit respecter cela si l’on est honnête intellectuellement, et surtout prudent financièrement.

Cependant cela ne suffit pas encore pour proclamer la fin du cycle haussier de l’or.

D’après moi, il existe un principe boursier qu’il faut toujours garder en mémoire : « une hausse se mesure à ses corrections et une baisse se mesure à ses rebonds. »

En clair : la baisse de l’or ne sera avérée que lorsque le rebond aura échoué, et nous n’avons pas pu le mesurer encore..

Voilà pour l’analyse technique.

Maintenant pour l’analyse macro-économique : Je me suis beaucoup intéressé au débat Inflation Vs Déflation depuis déjà un moment car à mon avis, c’est là où se situe le cœur de la problématique.

Pour simplifier, il me semble que beaucoup de gens brillants et clairvoyant se sont distingués ces deux dernières années (et même avant pour certains) en prévoyant la crise immobilière et la crise du « credit crunch » bien avant tout le monde, à une époque où quasiment tout le monde était persuadé que l’immobilier ne pouvait pas baisser et les marchés actions étaient reparti vers une période de hausse infinie depuis les plus bas de 2003.

Il était donc sage de s’intéresser aux analyses de ces personnes là, et si possible, avant tout le monde.

Le problème c’est que ce groupe de personne que l’on nommera le camp des «immo-sceptiques » se divise aujourd’hui en deux factions potentiellement opposées :

D’un coté la faction des « déflationnistes » qui sont des "vadeurs" enthousiastes et croient avant tout au cash et aux obligations parce qu’ils pensent que la récession sera tellement grave qu’elle entrainera une contraction de la masse monétaire et donc de l’ensemble des prix, et de l’autre coté la faction des inflationnistes, où se trouvent la plupart des gold bugs « hardcore », qui pensent que les banques centrales dévalueront forcément la valeur de la monnaie à mesure que la crise s’aggravera

Le débat est donc maintenant centré sur ces deux visions opposées mais qui ont en commun d’être très pessimiste sur l’avenir macro-économique. (Je laisse de coté ceux qui prétendent que tout va très bien : sur l’air du « circulez y’a rien à voir »)

Mais il existe aussi un troisième groupe donc je parlerai plus tard

Pour ma part,(parenthèse personnelle) j’ai renoncé deux fois à devenir propriétaire de mon logement en 2004 et 2006 alors qu’il s’agissait dans les deux cas d’une offre de mon bailleur et que j’en aurais eu les moyens. J’étais donc clairement dans le camp des « immo-sceptiques ». (Il faut dire aussi que je voyage pas mal et je me voyais mal gérer l’aspect juridique très lourd et à mon avis « obsolète » de l’investissement immobilier.)

Mais surtout je pensais que les prix annoncés étaient ridiculement hauts et n’étaient pas soutenable à moyen terme.

Parallèlement à cela j’ai commencé à m’intéresser à l’or et aux actions aurifères en 2005 en étant à la recherche d’une véritable tendance haussière, car au même moment j’étais sceptique sur les marchés actions, et uniquement acheteur dans une perspective de court terme, avec le doigt sur la gâchette « Vente ». Je suis d’ailleurs sorti de la plupart de mes positions actions au cours de l’année 2006 : pas exactement au plus haut, mais pas trop mal non plus.

Depuis lors, ces décisions se sont avérées judicieuses, mais n’ont pas entrainé autant de gains qu’espéré, sans doute parce que les aurifères ont été décevantes par rapport à l’or, et même décevantes par rapport à une approche basée uniquement sur les ventes à découvert et les Puts depuis l’été dernier.

En résumé au cours de l’an 1 de l’ère du credit crunch (qui date de l'été 2007) on peut constater ceci :

: malgré des performances éclatantes de l’or pour les premiers 6 mois la première manche revient finalement aux « déflationnistes ».

Mais je crois surtout que la situation ne s’est pas suffisamment décantée.

On a enterré un peu vite la thèse de l'inflation, qui est un processu sous-jacent et qui ne s'arrête pas si facilement, une fois lancé. Le processus date du début des années 2000, voire même avant.

Le cycle des matières premières est un cycle séculier.

Mais surtout, à ceux qui pensent que la déflation l'emportera sur l'inflation, une remarque : il n'y a jamais eu de déflation depuis que nous avons quitté l'étalon or.

Le seul exemple de déflation date de la Dépression des années 30, mais il y avait à l'époque un étalon or.

Depuis les capacités d'inflation monétaires sont illimitées, et Ben Bernanke est le premier à le dire (Le fameux discours sur les largages de monnaie par hélicoptère...)

Lors de la prochaine vague de dépréciation d'actif voire de faillite bancaire (qui se prépare) il faudra bien suivre l'intervention des banques centrales et des gouvernements. C'est là que se joue l'inflation monétaire.