jeudi 20 octobre 2011

Le AAA de la France officiellement menacé...


Edito

Depuis hier, Moody's a sous-entendu qu'ils allaient étudier cela de près. Mais pour beaucoup d'analystes ce n'est pas vraiment une surprise

En ce qui me concerne, cela fait quelque temps que je discute de ce sujet autour de moi, et des conséquences assez graves que cela pourrait avoir pour les français.
Jusqu’à présent, ce genre de considérations tombait dans l’oreille d’un sourd. Les gens que je côtoie en France se sentent personnellement protégés et ils sont relativement optimistes sur leur propre sort.
Certes, la sinistrose est bien présente et elle est alimentée tous les soirs au journal télévisé (pauvreté et chômage en France, sans parler des désastres à l’étranger.). Par ailleurs, les  signes du déclin français sont débattus en long et en travers. C’est même devenu une petite industrie avec ses spécialistes : les « déclinologues ».

Mais la plupart des gens se sentent épargnés par tout cela. D’ailleurs la plupart des enquêtes d’opinion le montre : les français sont pessimistes sur la marche du monde et la place de leur pays mais ils sont optimistes sur leur propre sort.
Il y a  une raison à cela : la France a encore une position privilégiée dans le monde, dans l’Europe et ses habitants bénéficient de multiples filets de protection et de rentes de situation.
On parle souvent des usines qui ferment dans une quelconque province, mais est-ce que cela touche vraiment les parisiens ?
Je dirais que non. Les gens que je côtoie travaillent dans les sièges des grandes entreprises ou dans des Services Publics, soit en tant que consultants, soit en tant qu’interne (encore plus protégés).
Ce sont des entreprises qui pour la plupart possèdent un monopole ou font partie d’un oligopole. Elles ont une rente de situation et peuvent continuer à gaspiller de l’argent en employant des gens sur des projets futiles.

Dans les services publics, je n’en parle même pas (je connais moins), mais je pense que ce n’est pas très différents.

Grace à ces monopoles et ces rentes de situation (sans parler des impôts prohibitifs), les français se font réellement tondre. Je pense que ce n’est pas Poujadiste de dire cela.
Mais ils se font tondre de bon cœur je pense, car ils perçoivent (inconsciemment ou pas) qu’ils sont aussi les bénéficiaires de ce système.
Les profession qualifiées en particulier peuvent monnayer chèrement leurs services et donc se « payer sur la bête ». Ils ont une situation stable et qui ne risque pas de changer (selon eux).
Même à d’autres niveaux beaucoup de profession de services travaillent pour ces grandes sociétés.

Mais je pense qu’une des raisons principales pour lesquelles la plupart des français s’estiment « gagnants » personnellement c’est une petite chose qui pourrait paraitre futile, mais qui ne l’est pas du tout. Je veux parler de la hausse de l’immobilier.
Depuis 10 ans l’immobilier a doublé (parfois triplé) quasiment partout. C’est une des raisons pour laquelle beaucoup de français s’estiment encore gagnants dans ce système.
Car c’est un gain qui en outre est exonéré d’impôts.

C’est une source formidable d’optimisme et de soif de consommer. De nombreuses études l’ont montré.
Dès lors que l’on est gagnant sur son achat (même si c’est à crédit) on peut continuer à consommer (encore à crédit).

Aux Etats-Unis, il a été observé que la résidence principale fonctionnait comme un distributeur de billets pour de nombreux ménages, car ceux-ci utilisaient la plus-value latente comme un collatéral supplémentaire pour emprunter davantage. De la même façon, chaque baisse de taux était exploitée pour se refinancer et la capacité d’emprunt supplémentaire était immédiatement consommée.

J’ai connu personnellement là-bas un petit gars de 25 ans (informaticien) qui au moment de la revente de sa première maison (avec plus-value), en avait racheté une plus grande, et s’était offert en prime une BMW M3 (je ne m’y connais pas beaucoup en voiture mais je crois que c’est assez cher). Autant vous dire que son endettement ne s’est pas réduit au moment de cette transaction.

Tout cela pour dire que la hausse de l’immobilier est très bonne pour la consommation, et Alan Greenspan le savait très bien (lui qui a alimenté cette hausse avec sa politique de taux d’intérêt très bas).

Evidemment, on sait comment cela s’est terminé pour les Etats-Unis…
Mais beaucoup  me rétorqueront que c’est différent en France car les ménages ne sont pas autant endettés.
C’est vrai. Le taux d’endettement des ménages
En France c’est plutôt l’Etat qui est endetté, mais aussi les banques, il ne faut pas l’oublier.
Ces deux entités sont en symbiose, car une des principales activités des banques est de prêter à l’Etat, avec de l’argent emprunté par ailleurs. C’est un peu tordu mais c’est bien ainsi que cela fonctionne.
A chaque intermédiaire il y a de l’argent à se faire et matière à spéculer.
En principe c’est de l’argent facile, car les états comme la France son considérés comme des emprunteurs sans risque.

C’est comme cela que l’Etat a pu s’endetter toujours plus et encourager les ménages à s’endetter…pour acheter de l’immobilier.
Structurellement l’Etat est déficitaire car il fait de nombreux cadeaux fiscaux et doit en même temps continuer à financer des prestations sociales, une infrastructure et des effectifs plethoriques.
Savoir quelle est la cause première des déficits, entre les allègements fiscaux et l’accroissement des dépenses de l’Etat, c’est peut-être un question de point de vue politique.
Mais il est indéniable que depuis plusieurs années, le déficit a été particulièrement creusé par les boucliers fiscaux et niches fiscales en tout genre, qui sont souvent conditionnés par des règlements toujours plus complexes
Tout cela fait que l’économie est stimulée certes, mais de façon non efficace (les effets d’aubaine dominent) et surtout de façon non pérenne.
C’est une croissance « à crédit ».
Si les aides fiscales disparaissent, la croissance artificielle se dégonfle.
C’est en particulier le cas dans le secteur immobilier, où l’Etat a une attitude apparemment schizophrénique (mais je dirais plutôt hypocrite), puisqu’il déplore à haute voix l’incapacité à se loger décemment pour de  nombreux ménages en raison de la hausse des prix , mais en même temps il alimente cette bulle immobilière par de très nombreux avantages fiscaux.

Mais passons sur ce détail. Ce qui importe, c’est que désormais, quoiqu’il arrive cette politique va devoir cesser car on est arrivé au bout du chemin en matière de dette. Il est maintenant bien évident pour tout le monde, et surtout pour les créanciers, que cette situation budgétaire ne pourra se maintenir. C’est pourquoi le deuxième épisode de la crise de la dette (après le premier épisode causé par la dette immobilière aux Etats-Unis) est finalement arrivé en France.
Beaucoup le savent depuis longtemps, mais la plupart ont été épargnés jusqu’à présent. Désormais cela risque de faire mal que ce soit par la dévalorisation de l’épargne (y compris l’immobilier) ou par l’accroissement des impôts.

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