jeudi 4 mars 2010

Feuille de Route Mars 2010


Edito
(daté du 4 mars 2010)


Pour faire court : Environ 2 mois de hausses et de baisses avec une volatilité croissante jusqu'en Mai...

On va sans doute osciller autour de la MM30 hebdo, (de quoi désarçonner les fans de Weinstein.)

La période Octobre-Mai se terminera sur une petite baisse. (CAC inférieur à 3600). Cela peut paraitre anodin, mais cela veut dire quand même que la saisonnalité des marchés actions sera contredite une fois de plus du fait de la force du cycle baissier enclenché en 2007.

Je ne pense pas qu'on dépassera le niveau des 4060 au cours de la phase de hausse qui interviendra dans cet intervalle (d'ici à fin Mars-début Avril) .Mais il est possible que cette hausse soit même stoppée à 3955. Ce qui signifie qu'il est risqué d'être acheteur au niveau actuel. Le rapport risque/bénéfice est clairement défavorable.

C'est pourquoi je recommence à accumuler les positions baissières qui m'avaient été profitables en Janvier. J'accélererai l'accumulation autour des 4000.

Ensuite, on assistera probablement au début d'une nouvelle vague de baisse plus soutenue autour de la mi-Mai, avec cependant de fortes hausses de courte durée entre l'été et l'automne.

Nouveau point bas atteint au mois d'Octobre Novembre 2010. (aux alentours de CAC 2500) puis un début de remontée avant la fin 2010. Cela représenterait une baisse d'environ -30% sur l'année 2010, soit moins que 2008 (-43%), mais suffisament traumatisant pour désespérer les dernières mains faibles.

On pourra alors établir les bases d'un nouveau marché plus solide, mais cela sera sans doute long et chaotique.Par ailleurs, il est probable que l'inflation repointe le bout de bon nez à ce stade du cycle économique.

Pour établir ce scénario je me suis basé principalement sur la saisonnalité (Sell in May) et des prinicpes d'analyses techniques de base. Cependant les données macroéconomiques vont sans doute participer à ce scénario en arrière fond.

On va sans doute réaliser à nouveau au cours de l'été 2010, que les espoirs de reprise étaient vains et que la reprise de l'immobilier tant claironnée en France, était un leurre.

La découverte de cet état de fait participera à un nouveau Krach (baisse brutale) au cours de l'année 2010.Il est d'ailleurs probable que ce krach arrivera plus tôt qu'attendu : au cours de l'été plutôt qu'en Octobre. Peut-être même avant la fin Juillet (comme en 2007).

La crise n'a pas encore montré son vrai visage. La capitulation des investisseurs n'a pas eu lieu.
Le phénomène nouveau qui risque de se produire serait un découplage entre les actions du secteur des matières premières (Mines, Secteur Agricole et énergétique) et le reste des actions.

A priori, cela semble contre-intuitif car cela fait un moment que ces deux actifs sont corrélés.
Le "reflation trade" consiste justement à parier sur une dose réussie d'inflation qui fait monter le prix de tous les actifs et relance la croissance.Mais Je crois qu'on peut parier sans trop de risque que cette politique finira par échouer, car tous les actifs ne vont pas tous croitre à la même vitesse, et cette politique finira par une hausse des prix à la consommation.

Pour l'instant, le secteur des matières premières, du fait de sa petite taille, souffre d'une volatilité au dessus de la moyenne, ce qui rend le secteur peu attractif pour beaucoup d'investisseurs.On a pu ainsi observer une hausse stratosphérique des prix du pétrole au printemps 2008, avant une chute tout aussi vertigineuse à l'été 2008.

De la même façon on risque d'avoir une forte volatilité du secteur au cours du printemps 2010. Il s'agira de rester dans le train le plus longtemps possible mais de sortir à temps.Dans une perspective long terme, cela sera gagnant (surtout si l'on "hedge" avec des positions baissières sur les indices actions "généralistes"), mais à court terme, attention les secousses.

De telles évolutions "en dents de scie" risquent de se reproduire, lors des nouveaux chocs liés aux crises du crédit (cette fois-ci des états souverains).
Au final (à long terme), le prix des matières premières se retrouvera à un niveau très élevé, car la monnaie dans laquelle elles sont exprimées sera durablement dévaluée.

Je ne crois pas tellement à une hausse du dollar à long terme, comme le prédisent les déflationnistes (c'est un euphémisme, en fait, car la baisse du dollar est un de mes postulats de départ).

La volonté du gouvernement américain d'imposer sa puissance, pour le meilleur comme pour le pire est une des constantes depuis plusieurs décennies, et cela ne risque pas de cesser.
Certes il y a aussi une tendance lourde de libertarianisme et de rhétorique anti-gouvernement, mais le complexe militaro-industriel, ainsi que le poids de Wall Street et du Big Business ira toujours dans le sens d'une politique monétaire laxiste.Sans même compter les théories économiques dominantes.

La dévaluation compétitive du dollar a été un des instruments de la puissance américaine, envers ses vassaux européens depuis très longtemps.
Cette arme est désormais utilisée par les chinois, (qui exploitent non pas le statut de monnaie de réserve mais leur seule taille critique et leur dynamisme industriel). Mais cette tendance ira jusqu'à rendre toutes ces dévaluations compétitives inefficaces.On verra même les européens tentés par la dévaluation compétitive : le laisser faire récent à l'égard de l'euro est révélateur.La prochaine étape est sans doute le protectionnisme. (on en voit les prémices avec l'affaire ridicule de pédales de frein de Toyota aux Etats-Unis).

A terme, il y aura diminution des échanges et ralentissement de la croissance mondiale, et même une récession mondiale, lorsque le système d'échange Etats-Unis-Chine sera rompu.
A première vue, cela devrait entrainer une diminution de la demande mondiale de matières premières (c'est la thèse défendue par les déflationnistes).Mais à ce moment là le "génie" de l'inflation sera définitivement sorti de la bouteille, et continuera d'alimenter la hausse séculière des matières premières, en se conjuguant aux pics de production du pétrole (ne pas oublier ce "détail"), mais aussi de l'or, et d'autres matières premières.

Toutes ces perspectives ne sont pas réjouissantes.Il ne faut pas se leurrer, nous entrons dans un cycle économique de long terme très délicat, que l'on peut rapprocher d'un "Hiver de Kondratieff", c'est à dire de la phase descendante d'un cycle long qui aurait commencé en 1991 et dont le point de saturation vient d'être atteint.Ce qui suivra sans doute, cela sera 15 ans de crise larvée, sans doute exacerbés par la course aux ressources naturelles et le protecionnisme. Les Etats-Unis, en tant que puissance militaire hégémonique, ne vont certainement pas calmer le jeu. Cela ne serait pas dans leur intérêt, car ils sont déjà inexorablement sur la pente descendante (l'Europe aussi d'ailleurs).

Mais là je me suis aventuré sur le terrain du Très Long Terme, qui n'est pas très réjouissant et je ne voudrais pas vous déprimer en cette belle journée ensoleillée.
Profitez-en tant qu'il est tant. ("Long Term we're all dead" - John Maynard Keynes)

Tout ceci n'est évidemment que mon humble avis de spéculateur amateur et j'accueille avec plaisirs les commentaires et les échanges constructifs.

Bonne chance et Bons Trades

Alex Kerala

2 commentaires:

Sajaki_San a dit…

Bonjour j'aime bien votre blog pour sa vision synthétique des choses. Pour le long terme, tous les états ne sont pas au même rang. Le potentiel de développement de la Chine, de l'Inde et du Brésil va tirer la croissance du monde entier, surtout quand leur marché intérieur se développera d'avantage. Mais l'autre facteur important, et qu'on peut difficilement prévoir, est le développement technologique. Nous avons connu la bulle internet mais qui nous dit que d'autres bulles technologiques ne vont pas se former dans l'avenir ? Imaginez les possibles retombées des nanotechnologies par exemple. Le simple fait de produire bon marché des matériaux beaucoup plus résistants et légers que ceux actuels auraient des conséquences innombrables dans l'industrie. Tout serait obsolète ou presque. Et nous sommes là dans des applications très terre à terre. Bref on peut voir la crise actuel comme le début de nombreuses années de stagnation (ou pire) ou comme un simple effet de "dégonflage" relativement court (- de 5 ans). Ceci dit je partage votre point de vue pour l'immobilier. Entre l'hypotéthique renouveau technique et la situation actuelle, il va bien falloir revenir à des bases plus saines concernant les prix des actifs immobiliers.

Alex Kerala a dit…

Merci pour ce commentaire très pertinent.
Effectivement les évolutions technologiques sont un facteur important à prendre en compte, mais ce n'est pas contradictoire avec l'évolution des cycles long.

On peut très bien avoir des évolutions technologiques révolutionnaires sur fond de décroissance économiques.

C'est justement cette phase de reflux économique qui favorise les véritables innovations qui fonderont la prochaine phase de croissance.

L'invention d'internet par exemple a été préparée et favorisée par les pionniers de l'informatique et le programme ARPANET dès la fin des années 60.

Un hiver de Kondratieff ne signifiera pas nécessairement une régression technologique.

Je pense plutôt que l'on va faire des progrès considérable en matière d'énergie dans les années qui viennent et ce sera par nécessité...