vendredi 20 mai 2011

Ce que les espagnols doivent éviter

Editorial

Ce que les espagnols (je veux dire les citoyens et contribuables espagnols) doivent à tout prix éviter, et qui cependant leur pend au nez, c'est la socialisation des pertes des banques.

Tout comme l'Irlande avant son plan de renflouement des banques , l'Espagne a un endettement modéré par rapport au reste des pays européens et des PIGS en particulier.

Par contre la situation de son secteur bancaire est proprement catastrophique du fait de l’explosion de la bulle immobilière qui n’en est qu’à ses débuts.

Les banques espagnoles jusqu’à présent camouflent l’étendue des pertes par des subterfuges comptables. J’ai plusieurs amis espanols qui travaillent dans de grosses banques et qui m’ont confirmé ce phénomène. J’ai moi-même travaillé pour une banque espagnole en tant que consultant.

Sans tomber dans l’hyperbole, il s’agit réellement d’une bombe à retardement.
Mais à un moment donné, cela ne sera plus possible et l’Etat sera appelé à la rescousse (on connaît bien le scénario maintenant). C’est ce que les banques espèrent et les pressions sur les politiques sont déjà en cours.


Mais dans le cas espagnol cela risque de coincer pour plusieurs raisons :

- La taille du problème (bien plus grand qu’en Grèce, en Irlande ou au Portugal
- Le timing de cette situation : après les événements en Islande puis en Grèce et en Irlande, les citoyens commencent à connaître la musique.
- L’injustice flagrante d’une telle mesure de renflouement alors que le gouvernement espagnol avait jusqu’à présent une gestion rigoureuse et a demandé aux contribuables de se serrer la ceinture.
- La mobilisation citoyenne des espagnols que l’on voit déjà à l’œuvre en ce moment avec le mouvement du 15 Mai, sur la place Puerta del Sol et ailleurs. Pour l’instant il s’agit d’une mobilisation sans revendication claire mais il semble que l’opinion est attentive à ce que fera le gouvernement.

Bien sûr, le refus de renflouer les banques espagnoles provoquerait une panique financière à grande échelle du fait des relations des banques européennes entre elles: attendez-vous donc à ce que l’on effraie les bons pères de familles prochainement. Et pourtant laisser les banques insolvables faire faillite est sans doute ce que l’on a de mieux à faire.

L’Islande l’a fait et a montré l’exemple à suivre. L’Irlande quant à elle est en train de revenir sur sa décision de renflouer ses banques.

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PS : le problème ce n'est pas l'euro, le problème c'est un système qui aboutit à la privatisation des gains et la socialisation des risques. Ce n'est ni du capitalisme pur , ni du socialisme. C'est un système oligarchique et corrompu. Il n'a pu perdurer jusqu'à présent que parce que la majorité des gens n'y comprennent rien

 PPS : le problème c'est que les systèmes financier et politique sont inextricablement liés entre eux.
Il faudrait quelque chose de très grave et une quasi-insurrection pour qu'ils laissent une institution faire défaut. Car un seul défaut dans l'eurozone provoquerait un effet domino. Il n'y a qu'à observer comment la BCE refuse la moindre restructuration de la dette grecque.

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