Déclin américain, détroit d'Hormuz et horizons de temps – une mise au point
Ceux qui lisent ce blog depuis ses débuts en 2007 savent que le déclin de la puissance américaine, et son incarnation monétaire, le dollar, est l'un des thèmes que j'ai constamment explorés et qui m'a fait m'intéresser à l'or.
Par ailleurs, je suis aussi un trader à court et moyen terme. C'est pourquoi j'ai allégé mes positions sur l'or au cours de l'automne, tout en restant bullish sur l'or à long terme et bearish sur les marchés actions (cf. mes posts sur le ratio S&P/Gold).
En matière de trading, comme en matière d'histoire (cf. Braudel), il est toujours important de savoir distinguer entre différents horizons de temps.
Cela étant dit, les dernières semaines ont été indéniablement une accélération de l'histoire, et ce post se concentrera pour une fois davantage sur la géopolitique que sur le trading.
Comme je l'ai écrit à plusieurs reprises, Donald Trump a le mérite de dire tout haut ce que les faucons américains chuchotaient autrefois dans les couloirs de Washington ou écrivaient dans des « White Papers » plus ou moins confidentiels.
Ceux-ci veulent maintenir l'hégémonie américaine, ou plutôt l'illusion de puissance.
Mais en agissant ainsi, ils précipitent en réalité le déclin et la fin de l'hégémonie américaine.
Nous en avons eu une illustration ces dernières semaines.
Contrairement à ce que les médias de masse diffusent depuis des années, la puissance militaire américaine n'est plus ce qu'elle était, et surtout, elle a été rattrapée dans de nombreux domaines par des ennemis utilisant des techniques asymétriques et innovantes.
En tant qu'étudiant de la chose militaire (bien qu'anti-militariste), je me suis attaché depuis de nombreuses années à essayer d'en apprendre davantage au-delà des titres de journaux.
J'ai également essayé d'utiliser ces connaissances pour compléter mes stratégies d'investissement et mon approche macroéconomique.
Au-delà des spéculations sur les dernières déclarations de Trump, son exploitation des délits d'initiés, et les théories des commentateurs (« TACO » or not « TACO » – Trump Always Chickens Out), voici quelques réflexions :
Quel que soit l'issue du conflit, le dommage macroéconomique est déjà là sur le long terme.
Le rôle des médias en tout genre (TV, radio, réseaux sociaux, chaînes YouTube) dans la guerre psychologique est un facteur important du conflit actuel, car il joue sur l'évolution des marchés financiers, mais à court terme uniquement.
Les posts de Trump ont un effet évident sur l'évolution à court terme des marchés, mais ne changent pas la réalité matérielle et géographique du conflit : l'Iran a désormais la maîtrise du détroit d'Hormuz.
La maîtrise du narratif et de la perception semble toujours plus importante pour un certain nombre d'acteurs, en particulier les Américains.
Je ne nie pas l'importance du narratif et de la guerre psychologique. Ce sont des facteurs importants, mais uniquement sur un horizon de temps court et uniquement dans la recherche de bénéfices pour des intérêts particuliers.
Sur le long terme, ce sont la politique économique, les programmes industriels, et en dernier lieu la démographie et la géographie, qui déterminent les grandes tendances.
Si l'on « dézoome » un peu, le déclin américain et l'importance géopolitique croissante de la Chine sont des phénomènes impossibles à ignorer.
L'émergence de puissances régionales comme l'Iran, le Brésil, la Russie ou l'Inde, bénéficiant d'atouts démographiques, géographiques et technologiques face à l'ancien hégémon américain, est également une évidence sur le long terme.
L'ère de l'« hyperpuissance » américaine, qui a commencé à la fin de la guerre froide, est bel et bien terminée, mais du point de vue des perceptions, et en particulier vu d'Europe, sa présence a perduré.
Il faut également noter le rôle des géants de la tech dans ce phénomène, en particulier les GAFAM, qui sont ultra-dominants en Europe.
À bien des égards, l'Europe, comme le Japon, la Corée du Sud ou l'Australie, est un protectorat des États-Unis. Elle captive les gouvernements de ces pays et les soumet à une domination technologique, financière (extraterritorialité du droit américain concernant l'usage du dollar), médiatique et même culturelle.
En réfléchissant à cela d'un point de vue européen, il ne faut jamais perdre de vue cet état de fait, qui rend les Européens aveugles à l'évolution du monde, et en particulier à la Chine, très peu présente dans les médias et l'inconscient collectif européen.
D'un point de vue moral, humaniste et pragmatique, il me semble qu'un monde véritablement multipolaire, régi par le droit international, est préférable à la situation actuelle de transition où l'hégémon utilise les restes de sa puissance pour imposer sa volonté au monde.
Maintenant, d'un point de vue investissement, il ne faut pas prendre ses désirs pour des réalités – c'est-à-dire investir de manière émotionnelle – ni se tromper dans les horizons de temps.
Sur le long terme, c'est-à-dire globalement depuis l'an 2000, l'évolution de l'or a reflété cette analyse géopolitique.






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